Le "portfolio career" et si ta prochaine étape n'était pas un poste, mais plusieurs?

Par E INFLUENCE

Tu viens de mettre à jour ton profil LinkedIn pour la première fois depuis deux ans. Entre-temps, ton ancien gestionnaire t'a glissé un mot sur un mandat fractionnel. Quelqu'un t'a écrit en privé pour un rôle de conseil. Rien de tout ça n'est un hasard : tu es en train de penser en portfolio career, même si tu n'as pas encore mis de mot dessus.

C'est quoi, un portfolio career

Un portfolio career, c'est une carrière construite autour d'une expertise centrale, mais déployée à travers plusieurs sources de revenus plutôt qu'un seul titre et une seule paie. Concrètement, ça peut vouloir dire un poste à temps partiel combiné à du conseil, ou du contenu combiné à des mandats à la pige, ou trois clients plutôt qu'un employeur. Le point commun : tu arrêtes de dépendre d'une seule porte d'entrée pour ton revenu et ta reconnaissance professionnelle.

Ce n'est pas nouveau comme concept, mais le contexte qui le rend pertinent l'est. Au Canada, les travailleurs autonomes représentent environ 15 % de l'emploi total, près de 2,9 millions de personnes selon les dernières données détaillées de Statistique Canada, une proportion stable depuis quelques années. Plus largement, l'emploi atypique (temps partiel, contrats, travail autonome, travail temporaire) représentait 33,4 % de l'emploi total en 2023. Et le marché de l'embauche a ralenti : le taux de chômage tourne autour de 6,5 à 6,9 % en 2026, au-dessus de la moyenne prépandémie de 6,0 %, avec des pertes d'emplois mensuelles qui ont dépassé 100 000 à l'été 2025.

Les mises à pied permanentes ont même reculé d'environ 10 % entre octobre 2025 et avril 2026 selon RBC*. Ce qui freine, c'est plutôt le ralentissement de l'embauche : moins de nouveaux postes créés, des entreprises plus prudentes. Le résultat pour toi est similaire, moins de portes qui s'ouvrent d'un côté, mais la cause est différente, et ça change la stratégie : ce n'est pas ton emploi actuel qui est nécessairement menacé, c'est ta prochaine transition qui risque d'être plus lente si tu n'as qu'une seule corde à ton arc.

Ce qui ressortait comme un choix entrepreneurial audacieux commence à ressembler à une stratégie de gestion de risque, tout simplement.

Pourquoi ça prend de l'ampleur maintenant

Trois forces convergent en même temps :

L'embauche a ralenti, pas nécessairement l'emploi lui-même. Le vrai risque n'est pas de perdre ton poste du jour au lendemain : c'est de te retrouver, le jour où tu voudras ou devras changer de cap, face à un marché où les nouvelles opportunités se créent plus lentement qu'avant.

Le cumul d'emplois et le travail atypique sont déjà une réalité établie, pas une tendance marginale. Au Canada, 5,4 % des travailleurs occupaient plus d'un emploi en 2025, et le travail atypique; temps partiel, contrats, travail autonome, représente environ le tiers de l'emploi total. 

La visibilité en ligne rend le "à côté" plus accessible qu'avant. Créer du contenu, se positionner comme référence, ou décrocher un premier mandat de conseil ne demande plus la même mise de fonds qu'il y a dix ans. Ça ne veut pas dire que c'est facile, juste que la barrière à l'entrée a baissé.

Les formes que ça peut prendre

Il n'y a pas un seul portfolio career. Le tien peut ressembler à :

  • Le conseil ou le coaching — tu transformes une expertise en mandats ponctuels, en gardant un pied dans un rôle principal ou non.
  • La création de contenu — infolettre, balado, livre,etc. Tu bâtis une audience et une voix qui t'appartiennent, indépendamment de qui t'emploie.
  • Le rôle à la pige ou consultatif — tu apportes une expertise de niveau direction à plusieurs organisations, sans être à temps plein chez aucune.
  • Le "je ne sais pas encore, mais je sais que je veux plus d'options" et c'est parfaitement légitime comme point de départ. Beaucoup de gens qui ont aujourd'hui un portfolio career solide ont commencé exactement là.

Peu importe la forme, le principe reste le même : diversifier sans t'éparpiller, en gardant un fil conducteur entre les différents chapeaux que tu portes.

Par où commencer, concrètement

  1. Nomme ton domaine d'expertise en une phrase. Pas ton titre d'emploi, ce que tu sais faire mieux que la plupart des gens autour de toi. Si tu bloques ici, demande à trois personnes qui te connaissent professionnellement ce qu'elles viendraient te demander en premier.
  2. Choisis un format qui te tente, pas celui qui semble le plus "sérieux". Écrire une infolettre n'est pas moins légitime que de faire du conseil. Commence par ce qui te donne envie de continuer après trois semaines, pas par ce qui sonne bien sur un CV.
  3. Fais une chose, petite, avant d'annoncer quoi que ce soit. Un premier texte publié à trois personnes. Un premier appel gratuit avec une ancienne collègue. Un premier mandat non payant pour tester le format. L'objectif n'est pas la perfection, c'est la preuve que ça te fait du bien de le faire.
  4. Documente ce qui fonctionne au fur et à mesure. Pas pour un portfolio parfait, pour toi, pour te rappeler dans six mois ce qui t'a donné de l'énergie et ce qui t'en a enlevé.
  5. Entoure-toi de gens qui font déjà ça. Un portfolio career se construit rarement seule dans son coin, trouve les personnes qui vivent les mêmes questionnements que toi, et avance à côté d'elles plutôt qu'en isolation.

Le portfolio career n'est pas une case à cocher ni un aboutissement. C'est une façon de garder plusieurs portes ouvertes en même temps, à ton rythme, en gardant ce qui te ressemble au centre. La première étape n'a pas besoin d'être grande. Elle a juste besoin d'être la tienne.

 

*Sources : Statistique Canada (Enquête sur la population active), RBC Économique, Desjardins Études économiques et Institut du Québec.